Dans le meilleur des mondes, on organise une belle formation sur plusieurs jours, avec un déroulé pédagogique très réfléchi, des renforts, des évaluations. On programme des intersessions pour permettre l’intégration, des mises en application et leur débriefing.

Mieux encore : on prépare en amont, on analyse le changement voulu, on rencontre les n+1, les fournisseurs, les clients internes, on fait du sur-mesure et à la fin on évalue même le transfert dans la pratique.

Avec ces formations-actions, les résultats en terme de changement des pratiques et des mentalités sont au rendez-vous.
Le ROI est réel !

 

Mais ce ne sont pas de ces formations-là dont nous allons parler.

 

Car parfois il faut choisir. Le problème est réel. Il faut agir, mais le budget et surtout le « temps stagiaire » sont limités. On sait que l’on ne pourra pas faire la formation idéale, loin de là. Alors que faire ?

On leur donne les bases théoriques essentielles, rassurantes, avec une petite formation ? Dans l’espoir qu’ils essayent de pratiquer après ?

On leur conseille un e-learning : 30mn par semaine ?

Ou bien on les jette dans le grand bain avec une mini bouée en espérant qu’ils ne vont pas couler ?

Aussi bizarre que cela puisse paraître, c’est cette dernière solution qui, de mon expérience, s’avère la plus efficace.

 

À condition que ce premier bain soit pratiqué dans le laboratoire discret d’une salle de formation.

 

Je vais prendre un exemple que je connais bien : celui des experts, formateurs occasionnels, pour qui j’anime des « ateliers de création pédagogique ».

Donc les voilà : ce sont des experts. Du béton, du plâtre, ou des matériaux composites, des scientifiques, les meilleurs de leur domaine.

Dans leur activité, en plus de leur travail « normal », ils sont amenés à former. Une journée, une demi-journée, de temps en temps, dans leur centre de recherche ou même en usine.

On leur demande d’expliquer le nouveau processus industriel, la nouvelle règle qualité, des changements cruciaux dans la manière de traiter la matière, bref des sujets à enjeu.

Ils doivent réussir à expliquer en termes simples, faire comprendre les enjeux, et surtout convaincre, faire adhérer au changement.

Le tout à un public bien souvent très divers, de tous niveaux hiérarchiques, et qui, la plupart du temps, ne partage pas les mêmes problématiques ou priorités. Voire même, qui ne parle pas la même langue, au sens propre comme figuré.

 

Mais, tout va bien se passer n’est-ce pas ? Ce sont des experts, non ?

 

Bien souvent, les messages ne passent pas, les personnes ne sont pas intéressées. Les stagiaires finissent par ne plus vouloir venir, les pratiques ne changent pas,et c’est un moment de souffrance pour notre formateur occasionnel. Ce qui rend bien sûr les choses plus compliquées encore. Seuls ceux ayant un bagou naturel, des qualités de « show man » se dépatouillent, mais même pour eux, c’est épuisant avec un ROI difficile à mesurer.

 

Alors on veut faire quelque chose pour eux, pour les aider dans cette « épreuve » et rendre leurs formations, indispensables, un peu plus efficaces.

Mais peu d’entreprises vont trouver le budget pour 6 jours de formation de formateurs pour une personne formant une demi-journée par semaine et encore plus rarement accepter de se passer de notre expert pour ces mêmes 6 jours.

Après d’âpres négociations avec la réalité (spoiler : elle gagne tout le temps), on décide que Cohérence Consultant va venir former nos experts pendant 1 journée, voir une demi-journée et on espère que ça va bien se passer.

 

Alors que faire en une seule journée ?

Après de nombreux tâtonnements et réflexions avec les responsables formation et RH avec lesquels j’ai pu travailler, la solution a été la création des  ateliers de création pédagogique.

Pour reprendre la précédente analogie, cet atelier consiste à jeter les stagiaires dans le grand bain avec une mini bouée, mais dans le laboratoire, bienveillant et constructif d’une salle de formation. 

La bouée est constituée des règles fondamentales et indispensables de la pédagogie, systématiquement démontrées, par des exemples et le plus souvent assimilées par des exercices concrets. Cette partie ne doit pas dépasser 1/4 du temps total (1h30 sur 1 journée par exemple). Pour moi cela consiste en :

  • Formuler un objectif pédagogique,
  • Respecter les grandes règles de la mémorisation du cerveau humain,
  • Identifier les spécificités du « travailleur » en situation d’apprentissage (par opposition à celle de « l’étudiant »),
  • Différencier les quatre grands types de méthodes pédagogiques, leurs forces et faiblesses.

Deuxième partie de la bouée, démonstration d’une ou deux méthodes pédagogiques actives, efficaces, originales, qui ont fait leurs preuves. Ce qui compte ici est la démonstration de la forme, de l’animation. Bien sûr, je sélectionne des méthodes dont le contenu est adapté (par exemple des expériences de communication). L’objectif est que les stagiaires expérimentent, de première main, que les méthodes qui évitent l’éternel PowerPoint sont effectivement beaucoup plus intéressantes et efficaces.

 

Ensuite, on passe à l’atelier proprement dit et donc au saut dans le grand bain.

Les stagiaires sont répartis en groupes de 2 à 5 avec pour mission de créer une séquence pédagogique et de la faire tester aux autres stagiaires avant la fin de la journée.

La séquence doit respecter un objectif pédagogique issu de leurs activités et utiliser une méthode active.

Il s’agit ici de mettre les stagiaires en action, qu’ils se mouillent et qu’ils voient que, finalement, ce n’est ni très compliqué, ni très risqué, de construire une méthode active et originale, du moment que l’on maitrise le contenu et que l’objectif pédagogique a été clairement défini au départ.

Là, avec un peu de chance, le miracle de la créativité se produit et les idées fleurissent. Quelques exemples dont j’ai été témoin :

  • Lancer de pièces pour faire comprendre le concept d’écart représentatif,
  • Construction de boites en carton pour travailler les marges de sécurité VS économie de matière,
  • Maquette d’usine ou d’avion pour en concevoir l’agencement idéal,
  • Système de balance pour réfléchir au flux de carburant dans un avion en vol,
  • Casse de matière pour estimer les limites physiques d’une cassure nette,
  • Puzzle de procédure (avec ou sans piège, pour retrouver une procédure ou pour la créer),
  • etc.

 

Attention, il ne s’agit pas de jouer pour jouer, la création doit répondre réellement et efficacement à l’objectif pédagogique précis.

Beaucoup de ces inventions du moment maturent dans la tête du stagiaire depuis longtemps et l’atelier lui donne un lieu où l’exprimer et l’expérimenter. 

Très souvent, l’exercice inventé en quelques heures se retrouve, quelques mois plus tard, au cœur d’une formation. C’est le moment privilégié autour duquel se construisent les échanges qui feront de cette formation une réussite.

Et même si parfois, l’exercice ne fait pas plus qu’amuser pendant un après-midi, car il s’avère inutilisable. Ce n’est pas grave : l’impulsion a été donnée. Nos formateurs occasionnels ont vu, ressenti, à quoi pouvait ressembler une formation active et participative. La peur est remplacée par l’envie. L’envie de tester, d’essayer, de créer l’envie de revivre ce qu’ils viennent de vivre, mais en tant que chef d’orchestre désormais.

 

Aujourd’hui plus que jamais, laissons la diffusion de la théorie aux livres et aux e-learnings et faisons de ces moments en présentiel des laboratoires de la pratique, des lieux pour tester, échouer, et réussir dans un climat bienveillant propice à la découverte et à la créativité.