« Je me libérerai de la peur, car la peur tue l’esprit »*

Assez rapidement, dans la pratique de mon métier, j’ai identifié ce grand ennemi. La peur est une force majeure qui empêche mes interlocuteurs et moi-même d’être ouverts au dialogue, bienveillants dans l’écoute et en recherche réelle du progrès.

Cette émotion, ce pilote puissant de nos actions, fut construit par l’évolution pour nous sauver la vie, mais nous la rend parfois insupportable.

Bien sûr, peu d’entre nous reconnaissent avoir peur, car nous voulons tellement paraître forts, solides et fiables. Alors on lui donne d’autres noms : stress, anxiété, angoisse. Différents costumes, différents épouvantails, mais toujours la même ombre qui se cache derrière.

La peur qui habite le cœur de nous tous, les « petits », ballotés par la vie, effrayés des tempêtes et des guerres et de ce que les « grandes personnes », les puissants pourraient nous faire. Parfois, pour donner le change, la peur devient orgueil, colère, haine. D’autres ennemis, mais c’est bien la peur, première, qui les appelle. **

L’enjeu de ma vie, de mon travail, est donc d’abord de ne pas donner prise à la peur, bien avant de passer des messages, bien avant de convaincre ou de résoudre.

Comment combattre la peur dans le cœur-cerveau de ceux qui me font face ?

La réponse est la vulnérabilité. 

On n’a pas peur de celui en qui on reconnait notre fragilité, on n’a pas peur de celui qui vient sans armure, celui qui nous montre ses points faibles.

Pour moi, la plaie ouverte de ma dyslexie et de mon parcours chaotique, l’absence d’une carapace de diplôme, voilà l’arme que je peux utiliser pour vaincre la peur chez l’autre.

Nous sommes tous des petits ballotés par la vie, aux innombrables blessures, il faut juste arrêter de le cacher.

Le problème de cette vulnérabilité qui combat si bien la peur en l’autre, c’est qu’elle active la peur en moi. Quoi de plus effrayant que se sentir fragile ? J’ai tant à perdre si je ne suis pas assez fort : entacher ma « réputation », galvauder mes « réussites », remettre en question mes « recettes » et surtout perdre la confiance de ceux qui ont tant investi dans mon travail.

Comment combattre la peur dans mon cœur-cerveau ?

Je n’ai qu’une seule réponse, ne plus penser à moi, mais à l’autre.

Pas le « spectacle » que j’ai à faire, mais l’expérience qu’ils ont besoin de vivre. Pas le discours que j’ai à donner, mais la parole qu’ils ont besoin d’entendre. Oublier, pendant quelques heures, mes problèmes et ne penser qu’à trouver une solution à ceux de mon interlocuteur. La peur est une émotion archaïque, ancienne, tournée vers la protection du corps ou de la tribu, elle est inactive quand on s’occupe de l’autre.

Assumer ma vulnérabilité pour ne donner aucune prise à la peur chez l’autre

Me tourner volontairement vers l’autre pour ne pas lui donner prise chez moi.

Ce sont les solutions qui marchent pour moi

Pour cette année 2019, je nous souhaite de triompher de la peur pour le plus grand bien de nos proches, nos familles et de nos entreprises.

*  Librement adapté de « Dune » de Franck Hebert, j’assume totalement le plagiat 😉

**cette primauté de la peur dans la construction de nos émotions négatives est démontrée par les neurosciences. Sur le sujet le livre de Joseph Ledoux « le cerveau des émotions » est une lecture formidable.

Crédit photo: Ferran Taberner